#40 Riot V – Armor of Light

« Toujours aussi brillants »

A bien des égards, les fans les plus assidûs de Riot s’accordent souvent à dire que ce groupe est terriblement mésestimé. Fondateur du power metal pour certains, principal vecteur du heavy metal entre l’occident et le Japon, ce groupe a balayé un nombre de genres traditionnels tellement large qu’il est relativement compliqué de lui associer une identité propre: hard rock américain typique avec « Rock City » ou « Born in America », speed/power metal avec « Thundersteel » et les dernières sorties, aspects folk avec « The Brethren of the Long House » ou encore « Inishmore »… Mais un point commun subsiste: partout où Riot passe, Riot réussit. Les albums s’enchaînent sans décevoir les fans, malgré les décennies s’accumulant, forgeant ainsi au groupe une réputation solide. Mais Riot n’est pas pour autant insensible au temps, et le décès du seul membre fondateur constant Mark Reale en 2012 laissa le groupe dans une période trouble: devaient-ils continuer sans lui, ou se dissoudre comme le font d’autres à la perte de leur frontman? Ils choisièrent la première option, en espérant que les albums à venir plairaient aux fans, tout en changeant légèrement de nom de manière à marquer une nouvelle ère, en passant officiellement à « Riot V » (le chiffre romain, pas la lettre). Et encore aujourd’hui, avec Armor of Light, Riot V prouve une nouvelle fois qu’ils oeuvrent plus comme un excellent tribute-band d’eux-même, honorant ainsi la mémoire de Mark Reale.

Forts de leur premier album « Unleash the Fire », les membres de Riot V continuèrent sur leur lancée quatre ans plus tard avec « Armor of Light », qu’on pourrait aisément renommer « Thundersteel II ». En effet, l’album nous renvoie par bien des égards à cette sonorité speed/power metal qui a fait les plus grosses heures de gloire du groupe en 1988. Sur douze morceaux (sans les bonus), près de six comptent une double pédale presque constante, et tous contiennent au moins un solo mémorable ou un puissant cri de la part du chanteur, ce qui nous amène à en conclure la chose suivante: si Riot  a réussi, c’est également grâce aux musiciens (plus ou moins nouveaux) qui arrivent sans problèmes à assimiler les codes de composition imposés par leurs prédécesseurs. Todd Michael Hall, chanteur depuis « Unleash the Fire », parvient très régulièrement à toucher les notes hautes avec une puissance remarquable, et à les tenir longtemps. On citera « Victory », « Messiah », « Angel’s Thunder » et « Armor of Light » pour les exemples les plus flagrants. Les guitaristes ne sont pas en reste non plus – encore moins le soliste. Parmi eux, Mike Flyntz présent depuis 1989 et qui a pu prendre le temps pour comprendre l’essence du groupe et guider les autres membres plus récents. Il en va d’ailleurs de même pour le bassiste Don Van Stavern, le plus ancien membre, présent depuis 1986. On sent alors que toutes ces années passées au sein de la première formation Riot ont porté leurs fruits: on compte dans cet album pratiquement un solo mémorable par chanson, parfois presque néoclassique comme dans « Burn the Daylight » ou  « Armor of Light ». Quant aux riffs, ils réussissent à être variés tout en construisant une ligne directrice à l’album qui n’en laisse aucun hors-sujet.

J’ai dit au début que Riot avait déjà balayé tous les genres de metal traditionnel durant son existence: en tant que tribute-band fidèle, « Armor of Light » en fait de même. L’album regorge de clins d’oeil aux précédentes oeuvres du groupe. La piste d’ouverture « Victory », tout comme le morceau éponyme, « End of the World » ou « Ready to Shine », contiennent de nombreux lead appuyés par une batterie au pattern constant, qui rappellent le power metal européen le plus traditionnel qui soit, l’exemple le plus flagrant restant « Messiah », où tout – depuis le main riff jusqu’au refrain – fait penser au morceau « Thundersteel ». Le groupe ne renie pas pour autant leurs origines rock avec les morceaux « Caught in the Witches Eyes », peut-être le morceau qui m’a plus laissé sur ma faim à cause de choix étranges comme celui de mettre une trompette dans le pré-refrain, « Angel’s Thunder » ou encore « Burn the Daylight », dont on jurerait que le main riff vienne de Rock City ou de Narita. Fait surprenant, à partir d’accords aussi typés hard rock, le groupe arrive à produire par-dessus un refrain power metal très mélodique – ce qui confirme l’aisance avec laquelle le groupe jongle entre les différents styles. Un autre clin d’oeil, plus discret celui-ci, se trouve dans le titre très heavy US-like « San Antonio ». Si les paroles vantent les mérites de la ville texanne, le fait qu’il s’agisse cette ville-là et pas une autre se trouve peut être dans le fait que c’est là où est décédé leur fondateur Mark Reale…

Finalement,  Riot V se démarque des autres groupes plus parce que leur album sonne bien plus power européen que n’importe quel autre groupe américain n’arrive à le faire, avec toutes ces mélodies à la guitare et ces double-pédales. Quant à Armor of Light, il se révèle être un excellent condensé de tout ce que Riot sait faire de mieux, en n’éclipsant aucun instrument: la voix nous apporte des cris puissants et des refrains mémorables, les guitares de superbes riffs qui ne sentent ni le réchauffé ni le manque d’inspiration, la batterie n’est jamais en retrait et la basse s’offre même quelques instants comme au tout début de « Angel’s Thunder ».

Difficile de se lasser de cet « Armor of Light » car chaque piste est unique, tant il est diffice de créer des cases. On pourrait presque faire une liste track-by-track pour chaque titre: des morceaux comme « Victory », « End of the World », « Messiah », « Armor of Light » et « Ready to Shine » sont clairement orientés power européen, « Angel’s Thunder », « Burn the Daylight », « San Antonio » et « Caught in the Witches Eye », se rapprochent plus d’un vieux heavy/hard des années 80, et « Raining Fire » et « Heart of a Lion » sont nettement plus sombres et agressives. Un intéressant melting pot produit par des musiciens relativement nouveaux dans l’histoire du groupe, et qui laisse à croire qu’en dépit de son âge, Riot V a encore de beau jours devant lui.

Note: 16/20.

Année: 2018

Genre: Power/speed metal

Pays: Etats Unis

Membres: Todd Michael Hall (chant), Mike Flyntz (guitares), Nick Lee (guitares), Don Van Stavern (basse), Frank Gilchriest (batterie).

Label: Nuclear Blast

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